Il est long et sinueux le parcours d’Abdallah, né, vers 1962 à Tchimoumounene, dans le département d’Agadez.

Ce Touareg, dont la vie est marquée par les souffrances de son peuple, s’offre à 16 ans sa première guitare électrique, qu’il apprend à jouer seul.

Il écrit rapidement ses premières chansons, véritables odes à la rébellion touarègue. 1984 est une année noire pour les hommes bleus du désert,
victimes de la sécheresse et de la famine, ainsi que d’une répression croissante des gouvernements de l’époque.

De nombreux Touaregs traversent alors les frontières pour se réfugier en Algérie, en Libye, en Mauritanie ou au Burkina Faso.En 1987, il crée en Libye le groupe Tagueyt Takrist Nakal, «Construire le pays », qui en appelle à l’unité de son peuple. Entre 1991 et 1995, ses compositions se répandent à travers tous les campements de réfugiés grâce aux K7 pirates qui passent de main en main. Ses chansons en tamashek, qui parlent d’amour, d’exil et de la nostalgie du pays font alors le tour du désert. C’est là que naîtra la légende d’Abdallah qui, comme ses cousins maliens du groupe Tinariwen, n’hésitera pas à se battre kalachnikov à la main contre les troupes régulières. Mais ses véritables armes sont avant tout sa guitare, ses textes et son magnétophone à piles sur lequel il enregistre ses chansons. Les accords de Paix d’avril 1995 permettent son retour d’exil marqué par un concert à Niamey devant plus de 2000 personnes. Il réalise alors qu’il est, après toutes ces années d’absence, un chanteur populaire auprès de tous les Nigériens.Depuis lors, Abdallah forme les jeunes à la musique et à la guitare, permettant ainsi aux plus doués et aux plus motivés de démarrer une carrière professionnelle, qu’il entend bien développer. C’est pourquoi il a fondé avec des amis l'association Takrist N'Tada « Sauvegarde du patrimoine culturel traditionnel », destinée à promouvoir la culture nigérienne, à aider les jeunes et à défendre le droit des artistes.

En 2000, il finance personnellement une première école à Arlit, suivie d’une seconde en 2003 à Agadez, la plus grande ville du nord Niger. Aujourd'hui, la scolarisation des jeunes générations est l'objectif principal de nombreux Touaregs, conscients que la survie de leur identité en dépend.

Le travail qu’il a entrepris avec les musiciens francophones dans le cadre de Desert Rebel, lui permettra sans aucun doute de continuer son œuvre et d’aller à la rencontre d’un plus large public.